Éclaircie se place dans le sillage du dernier regard échangé avec un être proche ; là où demeure toujours en attente une épreuve de l’autre – un autoportrait pour l’autre. Éclaircie est le premier volet d’un travail sur la merveilleuse impossibilité de se lancer à la poursuite de ce portrait, dans tout ce qui, en lui, fait qu’il se dérobe – l’extériorité qui le traverse.

Éclaircie
Leucate – Montpellier / 2021
Photographie numérique

Si la blessure en lien avec la perte d’un être cher est assourdie par le temps, elle demeure irrémédiablement sournoise, car elle s’origine dans le temps manqué à l’approche de la mort. Elle se tient à cet endroit du temps perdu à perte de paroles tournées vers la vie, à travers l’absence de toute parole en référence à la mort imminente de l’être proche. De cette trahison et de cet abandon émane une croyance en une photographie qui permettrait de revenir à la blessure.

Si fébrile que soit le faire photographique − un faire entendu comme une affaire d’être ou un pouvoir faire − et même impossible à mettre en œuvre, il peut néanmoins s’ancrer dans le sillage de ce que Freud appelle « le point de départ », c’est-à-dire le symptôme. À cet endroit, les photographies sont placées face à l’exigence de devoir retrouver le temps et de réinvestir ce dernier d’un amour qui pourrait avoir fait défaut. Avec Éclaircie les trajets effectués entre la maison familiale et le service de cancérologie du CHU de Montpellier sont les matériaux travaillés afin d’entrer dans l’espérance d’un temps retrouvé.

Au seuil tenue par l’extériorité absolue en rapport avec la mort de l’autre et par l’extériorité intérieure en lien avec la blessure, survient une éclaircie − l’épreuve d’un abîme sans frontière ni limites, d’un gouffre d’énergie fait de tensions, de résistances, d’affrontements et d’équilibres − qui conditionne la possibilité d’un chemin à l’autre. En ce lieu, faire une photographie ne ramène pas à la carte, mais au territoire, cela ne procède pas d’un regard jeté au loin ni d’un coup d’œil globalisant. Au contraire, photographier se heurte aux détails plutôt qu’aux grandes lignes, c’est-à-dire à ce qui crisse, accroche et s’oppose − à une extériorité vivante.